Compribande, mastic, membranes, trous de drainage à ne jamais boucher : les 3 barrières d’une fenêtre étanche et le diagnostic des fuites.
Étanchéité d'une fenêtre : air, eau, vent — les 3 barrières
Une fenêtre n'est pas étanche comme un bocal : elle est conçue pour laisser entrer un peu d'eau, la canaliser et la renvoyer dehors. Confondre les trois fonctions — barrière à l'eau côté extérieur, drainage au milieu, barrière à l'air côté intérieur — c'est la cause de la plupart des « fuites » diagnostiquées à tort. Voici comment le système fonctionne, comment le contrôler et comment trouver d'où vient réellement l'eau.
Le principe des trois plans
De l'extérieur vers l'intérieur, une pose conforme superpose trois fonctions distinctes :
- Plan d'étanchéité à l'eau, côté extérieur. Il arrête la pluie battante. C'est le calfeutrement périphérique, la bavette, le rejet d'eau de la traverse basse. Il n'est jamais parfait — et il n'a pas à l'être.
- Zone de drainage, au milieu. Ce qui a franchi le premier plan est collecté dans la feuillure basse et évacué par les trous de drainage du dormant, avec équilibrage des pressions pour que le vent n'aspire pas l'eau vers l'intérieur.
- Plan d'étanchéité à l'air, côté intérieur. Le joint continu qui empêche l'air chaud et humide du logement de traverser la liaison mur/fenêtre. C'est lui qui fait la performance thermique réelle et qui évite les condensations dans la paroi.
La règle qu'on résume en une phrase
Étanche à l'eau dehors, étanche à l'air dedans, drainé au milieu. Inverser les deux plans — mastiquer soigneusement à l'intérieur et laisser filer dehors — piège l'humidité dans la liaison et pourrit le support. C'est l'erreur classique du calfeutrement fait « au plus visible ».
Lire le classement AEV : ce que la fenêtre sait encaisser
Le classement A*E*V* qualifie la menuiserie en laboratoire selon trois normes européennes :
| Lettre | Norme | Échelle | Ce que ça mesure |
|---|---|---|---|
| A — perméabilité à l'air | NF EN 12207 | A*1 à A*4 | Débit d'air traversant sous pression. A*4 = le plus étanche. |
| E — étanchéité à l'eau | NF EN 12208 | E*1 à E*9, puis E750 / E1200 ; suffixe A (exposition libre) ou B (exposition protégée) | Pression de pluie battante supportée sans infiltration. |
| V — résistance au vent | NF EN 12210 | Pression 1 à 5, flèche A (1/150), B (1/200), C (1/300) | Déformation du châssis sous rafale. |
Deux pièges de lecture :
- Le suffixe B est moins exigeant que le A à chiffre égal : E*7B se teste sous abri, E*7A en exposition libre. Un E*9A vaut mieux qu'un E*7B.
- Le classement V mêle deux informations : le chiffre est la pression, la lettre est la flèche admise. V*A2 et V*C2 encaissent la même pression mais ne se déforment pas pareil.
Le choix du classement selon l'exposition (hauteur du bâtiment, zone de vent, situation littorale ou de montagne, protection par une loggia) relève du fascicule FD DTU 36.5 P3, le memento de choix. En pratique : plus le logement est haut, exposé au vent dominant, en bord de mer ou en altitude, plus il faut monter en A, en E et en V — et ça se demande avant la commande, parce que ça se paie sur le profilé et la quincaillerie, pas après.
Les seuls calfeutrements admis
Le NF DTU 36.5 P1-1 n'autorise, hors cas très particuliers de travaux à l'identique, que des calfeutrements secs. L'AQC en résume les trois familles :
- Mastic extrudé sur fond de joint — mastics conformes à la NF EN ISO 11600, en 25 E pour les joints en tunnel exposés aux intempéries, dont la largeur est alors plafonnée à 15 mm.
- Mousse imprégnée pré-comprimée — seule la classe 1 au sens de la NF P 85-570 permet l'usage du produit en calfeutrement autonome. La bande doit être comprimée uniformément sur toute sa longueur, dans la plage d'utilisation correspondant à l'épaisseur réelle du joint.
- Membrane d'étanchéité — à protéger d'une exposition permanente aux UV.
Ce qui n'est pas un calfeutrement
La mousse polyuréthane expansive : le DTU indique qu'elle ne permet pas de satisfaire aux exigences d'étanchéité ni d'en assurer la pérennité. Le silicone extérieur seul, sans fond de joint, sans support étanche derrière : il se décolle en deux ans. Le mastic recouvert de peinture ou d'enduit : les déformations ne sont pas compatibles, le joint casse. Et un calfeutrement humide (mortier) n'est admis que pour des travaux à l'identique quand le dressage du support est impossible, avec un cheminement d'eau d'au moins 30 mm et un bourrage d'au moins 10 mm de chaque côté.
Points singuliers où ça lâche en premier, selon la fiche pathologie AQC sur les infiltrations aux liaisons menuiserie / gros œuvre : les angles, les raccords de bandes (jamais en appui bas), les fixations instables dans des éléments creux — qui décompriment la mousse par micro-mouvements — et les zones où le support est irrégulier ou rugueux. Une maçonnerie non dressée ne permet tout simplement pas de comprimer une mousse imprégnée de façon uniforme sur toute sa longueur, et c'est la première cause d'infiltration citée.
Les trous de drainage : ne jamais les boucher
Ce sont les fentes ou les orifices en partie basse du dormant, souvent masqués par un cache-clapet. Ils évacuent l'eau collectée dans la feuillure. Le DTU impose que la partie supérieure d'une bavette rapportée se situe au moins 2 mm sous la partie basse de ces orifices — une bavette montée trop haut noie le drainage aussi sûrement qu'un bouchon de mastic.
Le test du verre d'eau
Versez un demi-verre d'eau dans la feuillure basse, ouvrant ouvert. Elle doit ressortir à l'extérieur en quelques secondes. Si elle stagne, le drainage est bouché : retirez les caches, nettoyez à l'air comprimé ou avec un fil de nylon, jamais avec un objet métallique qui rayerait le laquage. À refaire une fois par an, comme le nettoyage des joints.
Nuance en rénovation, souvent inversée par les poseurs pressés : les trous de drainage de l'ancien dormant conservé doivent, eux, être obturés au moment de poser la nouvelle menuiserie. Sinon l'eau drainée par la fenêtre neuve repart dans l'ancien dormant, qu'elle finit par détruire. À l'inverse, l'habillage extérieur du dormant conservé doit rester ventilé : lame d'air d'au moins 5 mm et orifice d'au moins 50 mm² en extrémité de bavette. Voir Rénovation ou dépose totale.
Diagnostiquer une fuite : où entre l'eau ?
Méthode de confirmation, dans l'ordre : arroser au jet du bas vers le haut, zone par zone, cinq minutes chacune, en faisant surveiller l'intérieur par quelqu'un. On commence par l'appui, puis les montants, puis le linteau. Arroser tout d'un coup ne dit rien.
Les faux coupables
Trois observations sont régulièrement prises pour des fuites alors qu'elles sont normales :
- De l'eau sur l'appui extérieur, sous la fenêtre, après la pluie. C'est le rôle de l'appui et de la bavette : collecter et évacuer. Tant que l'eau ressort devant le rejingot et ne stagne pas au droit du calfeutrement, le système fonctionne.
- De la buée sur la face extérieure du vitrage au petit matin. C'est le signe d'un vitrage très performant : la vitre extérieure reste froide parce que la chaleur intérieure ne la traverse plus. Aucune action à prévoir.
- Un léger sifflement par grand vent sur une entrée d'air. Elle fait son travail. La supprimer, c'est déplacer le problème vers la condensation.
Les joints d'ouvrant : la pièce d'usure
Le joint périphérique de l'ouvrant n'est pas le calfeutrement : le calfeutrement scelle la fenêtre au mur, le joint d'ouvrant ferme le vantail sur son dormant. C'est une pièce d'usure, et elle se change.
- Joint à clipser en gorge (PVC et alu récents) : le plus courant. Il se retire à la main, se rachète au mètre en fonction du profil — emportez un échantillon de 10 cm chez le fournisseur, les profils ne sont pas interchangeables d'une marque à l'autre.
- Joint co-extrudé (soudé au profilé) : non remplaçable seul. La correction passe alors par le réglage de compression des galets, pas par un remplacement.
- Joint adhésif en mousse ou silicone : la solution de dépannage sur menuiserie bois ancienne, à réserver aux dormants dont la feuillure est régulière.
Symptômes d'un joint mort : trace d'écrasement permanente, dureté au toucher, fissures dans les angles, ou tout simplement une feuille de papier qui glisse sans résistance quand la fenêtre est fermée. Un joint neuf coûte quelques euros au mètre ; il rend souvent inutile le remplacement d'une fenêtre jugée « qui ne ferme plus ».
Tester l'étanchéité à l'air soi-même
- Le test de la flamme : une bougie ou un bâton d'encens promené lentement le long du joint d'ouvrant et de la liaison dormant/mur, fenêtres et portes fermées, VMC en marche. La flamme se couche là où ça fuit.
- Le test de la feuille de papier : coincez une feuille dans l'ouvrant, refermez, tirez. Si elle glisse sans résistance, la compression du joint est insuffisante — c'est un réglage, pas un remplacement. Voir Régler une fenêtre qui ferme mal.
- Le test de la main, un matin d'hiver : passez le dos de la main à 2 cm du pourtour. Un filet d'air froid localisé signe un défaut de calfeutrement, pas un défaut de vitrage.
- En cas de litige sérieux, le DTU renvoie à la NF EN 13051 pour vérifier l'étanchéité à l'eau d'une fenêtre posée, et à une méthode inspirée de la NF EN 1026 pour la perméabilité à l'air in situ — étant entendu qu'un essai sur chantier ne permet jamais de vérifier la classe A d'origine du produit.
Reprendre un calfeutrement vieillissant
- Retirer l'ancien joint intégralement — cutter puis grattoir plastique. Empiler un mastic neuf sur un mastic mort ne tient pas : l'adhérence se fait sur le nouveau cordon dégradé, pas sur le support.
- Contrôler le support : il doit être sain, sec, non farinant, et offrir une largeur d'appui d'au moins 13 mm. Sur un enduit non étanche, il faut aller chercher le gros œuvre derrière.
- Poser un fond de joint de diamètre supérieur à la largeur du joint, pour que le mastic n'adhère que sur deux faces et puisse travailler.
- Extruder un mastic conforme, lisser en une passe, ne jamais peindre par-dessus. Un mastic de finition purement esthétique est toléré, à condition de vérifier la compatibilité des produits.
- Ne jamais boucher un orifice de drainage ni une lame d'air d'habillage en passant.
Sur une pose ancienne au mortier, la réfection au mastic en solin reste admise par le DTU, mais uniquement en réhabilitation — jamais en travaux neufs.
Checklist d'entretien annuel
- Trous de drainage dégagés (test du verre d'eau sur chaque fenêtre)
- Joints d'ouvrant souples, non écrasés, non déchirés — nettoyage à l'eau savonneuse, silicone en bombe pour les nourrir
- Calfeutrement périphérique contrôlé visuellement sur les 4 côtés, angles compris
- Bavette propre, en pente, nez dégagé, joues en place
- Compression des vantaux vérifiée au test de la feuille de papier
- Quincaillerie graissée (paumelles, gâches, compas d'oscillo-battant)
- Entrées d'air et bouches de VMC dépoussiérées — l'étanchéité n'a de sens qu'avec une ventilation qui fonctionne, voir Ventilation en rénovation globale