Vapeur d’eau, CO2, polluants : ce qui s’accumule sans ventilation, pourquoi ouvrir les fenêtres ne suffit pas, et le paradoxe de la rénovation étanche.
Pourquoi ventiler un logement (et ce qui arrive quand on ne le fait pas)
Un ménage de quatre personnes rejette plusieurs litres d'eau par jour dans l'air de son logement, plus du CO2, des particules fines et, dans certaines communes, du radon. Sans renouvellement d'air permanent, cette charge s'accumule et finit toujours au même endroit : les parois froides. Voici les chiffres réels, ce que la ventilation évacue vraiment, et pourquoi ouvrir les fenêtres dix minutes ne remplace pas une installation qui tourne en continu.
Un logement fabrique de l'eau en continu
Les valeurs ci-dessous sont celles publiées par l'ADEME dans son guide La ventilation (édition de septembre 2018), qui les attribue explicitement au CSTB — « valeurs moyennes pour un logement de 4 personnes ».
| Source d'humidité | Production de vapeur d'eau |
|---|---|
| Métabolisme, adulte en activité | 55 g/h |
| Métabolisme, adulte endormi | 30 g/h |
| Douche | 300 à 500 g |
| Bain | 500 à 700 g |
| Cuisine + vaisselle | 1,5 kg/jour |
| Séchage du linge à l'intérieur | 200 g/h pendant 5 h |
| Lavage des sols | 500 g par lavage |
Une journée type pour quatre personnes : 8 h de sommeil (960 g) + 6 h de présence éveillée (1 320 g) + cuisine et vaisselle (1 500 g) + quatre douches (1 600 g) = environ 5,4 litres. Ajoutez une lessive qui sèche à l'intérieur et un lavage de sol, et vous montez à 7 litres par jour. Un logement occupé en continu (télétravail, jeunes enfants, linge séché dedans toute l'année) dépasse facilement 8 à 10 litres.
Ce que pèse un seul litre non évacué
Dans un logement de 100 m² sous 2,50 m (250 m³, soit ~300 kg d'air), 1 litre de vapeur d'eau ajoute 3,3 g d'eau par kg d'air. À 20 °C, cela fait passer l'hygrométrie de 50 % à 73 % — le seuil à partir duquel les parois froides commencent à condenser. C'est pour cela que la ventilation doit être permanente et pas épisodique : c'est un débit à compenser en continu, pas un stock à évacuer une fois par jour.
Ce que la ventilation évacue, en dehors de l'humidité
La population française passe en moyenne 80 % de son temps dans des espaces clos ou semi-clos (notre-environnement.gouv.fr). La deuxième Campagne nationale logements (CSTB / Anses / OQAI), menée dans 571 logements de 321 communes entre novembre 2020 et février 2023 sur plus de 170 polluants, donne l'état des lieux le plus récent :
- Particules fines PM2,5 : au-dessus des valeurs cibles dans plus de 70 % des logements.
- Radon : au-dessus du niveau de référence de 300 Bq/m³ (article R. 1333-28 du code de la santé publique) dans environ 8 % des logements.
- Formaldéhyde : au-dessus des seuils de gestion dans un peu plus de 6 % des logements.
- Bonne nouvelle : par rapport à la campagne de 2003-2005, les COV chlorés ont baissé de plus de 80 %, le benzène de 47 %, les PM2,5 de 33 % et le formaldéhyde de 28 %.
L'étude Anses / OQAI de 2014 a chiffré le coût socio-économique de la pollution de l'air intérieur à 19 milliards d'euros par an, associés à plus de 20 000 décès prématurés et 28 000 nouveaux cas de pathologies annuels pour six polluants seulement. Ventiler ne règle pas tout — la première action reste de réduire les sources — mais c'est le seul levier qui agit sur tous les polluants à la fois.
Le CO2 : le thermomètre du renouvellement d'air
Le CO2 n'est pas dangereux aux concentrations d'un logement, mais c'est le meilleur indicateur du confinement : il monte quand l'air n'est pas renouvelé, en même temps que tout le reste. Dans son avis de janvier 2022 sur la mesure du CO2 — rendu pour les établissements recevant du public, mais transposable au logement —, le Haut Conseil de la santé publique retient 800 ppm comme objectif d'un renouvellement d'air satisfaisant et 1 500 ppm comme seuil d'action rapide. L'indice de confinement ICONE encadre la valeur réglementaire de 1 300 ppm du règlement sanitaire départemental par deux bornes, 1 000 et 1 700 ppm.
Un capteur CO2 coûte 40 à 120 € (2026). Dans une chambre de 12 m² fermée avec deux adultes, dépasser 1 500 ppm au petit matin signifie simplement que l'entrée d'air ou l'extraction ne fait pas son travail.
Ce qui se passe quand la ventilation manque
L'enchaînement est toujours le même, et il est documenté par la fiche pathologie « Condensations dans les logements » de l'AQC :
- L'hygrométrie ambiante monte faute d'évacuation.
- L'air chargé rencontre une paroi froide (angle, pont thermique, dormant de fenêtre, mur nord).
- L'eau condense en surface, puis les moisissures s'installent — d'abord dans les angles de plafond, derrière les meubles collés aux murs, dans les encoignures de cloison et les penderies.
- Le bâti suit : décollement des revêtements, papiers peints qui gondolent, pourrissement des bois en contact, humidification des isolants (dont la performance chute).
L'AQC identifie les facteurs aggravants classiques : surproduction de vapeur (sur-occupation, séchage du linge à l'intérieur), chauffage insuffisant ou coupé par intermittence, obstruction volontaire ou par encrassement des entrées et bouches d'air, arrêt ou panne de la VMC, hotte aspirante branchée sur l'extraction, détalonnage des portes insuffisant, et revêtement de façade étanche à la vapeur posé lors d'une rénovation.
Côté santé, l'Anses, dans son avis de juin 2016 sur les moisissures dans le bâti, considère l'exposition comme un enjeu de santé publique, en raison de la proportion de logements concernés et des effets établis sur la santé respiratoire. L'OMS conclut de son côté que les effets les mieux documentés sont l'augmentation de la prévalence des symptômes respiratoires, des allergies et de l'asthme. Ce n'est pas une fatalité individuelle : c'est un problème de bâtiment, qui se traite comme tel — voir Moisissures et condensation : trouver la vraie cause.
Aérer par les fenêtres : utile, mais ce n'est pas de la ventilation
L'aération manuelle et la ventilation ne jouent pas le même rôle.
- L'arrêté du 24 mars 1982 exige une aération « générale et permanente », au moins pendant la période où la température extérieure oblige à garder les fenêtres fermées. Une fenêtre ouverte deux fois par jour ne remplit pas ce critère.
- L'ouverture des fenêtres n'est pas permanente : la nuit, pendant les absences et en plein hiver, elle est nulle. Or la production de vapeur, elle, ne s'arrête jamais (30 g/h par adulte endormi).
- Elle ne balaie pas le logement : sans entrée d'air en pièce sèche et extraction en pièce humide, l'air ne traverse pas, il tourne sur place.
- En hiver, une fenêtre grande ouverte 5 à 10 minutes renouvelle vite l'air sans refroidir les murs ; laissée entrebâillée des heures, elle refroidit les parois — et une paroi froide condense davantage. C'est le contraire de l'effet recherché.
L'Assurance Maladie recommande d'aérer au moins 10 minutes par jour. À lire comme un complément à une ventilation qui fonctionne, jamais comme un substitut.
Le piège de la rénovation énergétique
C'est le scénario de sinistre le plus fréquent depuis dix ans : on isole, on remplace les menuiseries par des fenêtres étanches à joints neufs, on supprime au passage les grilles d'aération jugées « courantes d'air »… et on ne touche pas à la ventilation. Les fuites parasites qui assuraient un renouvellement d'air involontaire disparaissent du jour au lendemain, la production de vapeur reste identique, et les moisissures apparaissent dans les six à dix-huit mois.
L'AQC cite explicitement, parmi les facteurs aggravants, « le remplacement de menuiseries extérieures sans système de ventilation ». Si vous changez vos fenêtres, exigez des entrées d'air dans les menuiseries des pièces principales (ou vérifiez qu'elles existent ailleurs) — voir Étanchéité à l'air et à l'eau des fenêtres et Ventilation dans une rénovation globale.
Les trois stratégies possibles
| Stratégie | Principe | Débit maîtrisé ? | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Ventilation naturelle | Tirage thermique par conduits verticaux, grilles hautes et basses | Non : dépend du vent et de l'écart de température | Bâti ancien avec conduits existants, appartements sans possibilité de réseau |
| Mécanique ponctuelle ou répartie (VMR) | Aérateurs individuels dans chaque pièce de service | Oui pièce par pièce, sans réseau de gaines | Rénovation d'appartement, absence de combles |
| VMC permanente (simple ou double flux) | Extraction centralisée continue + entrées d'air en pièces sèches | Oui, à l'échelle du logement | Maison individuelle, rénovation globale, tout logement postérieur à 1982 |
Le choix se fait sur le bâti disponible, pas sur le catalogue : détail dans VMC simple flux : autoréglable ou hygroréglable et Ventilation naturelle dans l'ancien. Les débits imposés, eux, ne se négocient pas : ce que la réglementation impose vraiment.
Checklist
- Entrées d'air présentes et dégagées dans toutes les pièces principales
- Bouche d'extraction dans chaque pièce de service, feuille A4 qui tient
- Portes intérieures détalonnées, passages de transit libres
- Bouches et entrées d'air nettoyées depuis moins de 6 mois
- Hygrométrie relevée sur 7 jours dans la pièce la plus froide
- Aucun appareil de chauffage d'appoint à combustion non raccordé utilisé en continu
- Si menuiseries récemment remplacées : entrées d'air neuves vérifiées