Plaque hydrofuge, classement EB/EB+, étanchéité sous carrelage (SPEC) : monter une cloison qui tient en salle de bain et cuisine.
Placo en pièce humide : la cloison qui ne pourrit pas
La salle de bain est l’endroit où le placo se venge des raccourcis. Une cloison montée en plaques standard derrière une douche tient deux ans, gonfle, noircit, et finit par s’effriter sous le carrelage qui se décolle. Le drame n’est jamais la plaque hydrofuge oubliée toute seule : c’est l’absence d’étanchéité là où l’eau ruisselle. Plaque verte et étanchéité sont deux sujets distincts, et il faut les deux.
Ce guide traite la cloison et le doublage en local humide — salle de bain, cuisine, buanderie. Pour tout l’univers de la salle d’eau, le dossier guides salle de bain va plus loin. Ici, on reste côté placo.
La plaque hydrofuge : nécessaire, pas suffisante
La plaque de plâtre hydrofugée H1 (la fameuse plaque verte) résiste mieux à l’humidité ambiante qu’une BA13 standard : son âme de plâtre et son carton sont traités pour absorber beaucoup moins d’eau. Elle est obligatoire dans les pièces humides — mais elle ne rend pas le mur étanche. Une plaque H1 trempée par un ruissellement direct finit aussi par se dégrader. Elle encaisse l’humidité de l’air et les projections, pas un jet d’eau prolongé.
D’où la règle simple : plaque hydrofuge partout dans la pièce humide, plus une étanchéité rapportée là où l’eau coule pour de bon.
Le classement des locaux : EA, EB, EB+, EC
Pour savoir quel niveau de protection appliquer, on classe chaque local selon son exposition à l’eau. Ce classement vient du Cahier du CSTB n° 3567 et conditionne le choix des plaques et de l’étanchéité.
| Classe | Exposition | Locaux types |
|---|---|---|
| EA / EB | Faible à moyenne | Chambre, séjour, WC, cuisine domestique, cellier chauffé |
| EB+ privatif | Forte | Salle de bain de logement, sanitaires de bureaux, cellier non chauffé |
| EB+ collectif | Forte, usage collectif | Douche à usage collectif, vestiaire, cuisine collective, sanitaires d’ERP |
| EC | Très forte | Douche collective, cuisine avec lavage au jet, piscine, balnéothérapie |
Pour le particulier, retenez l’essentiel : une salle de bain de logement est classée EB+ privatif. Cela impose des plaques hydrofuges et un système d’étanchéité sous carrelage dans les zones exposées (paroi de douche, pourtour de baignoire, sol de la douche).
L’étanchéité sous carrelage : le SPEC
Le carrelage et ses joints ne sont pas étanches. L’eau passe au travers, lentement mais sûrement, et c’est ce qui arrive derrière qui décide de tout. La solution s’appelle SPEC — Système de Protection à l’Eau sous Carrelage. Concrètement, on applique sur la plaque hydrofuge, avant de carreler, une membrane d’étanchéité (résine à appliquer au rouleau, parfois associée à des bandes et nattes aux jonctions). C’est cette couche, et non la plaque, qui arrête l’eau.
On la pose dans les zones réellement exposées : la paroi et le sol de la douche, le pourtour de baignoire, et une bande de garde au-dessus du bac. Le reste de la pièce se contente de la plaque hydrofuge.
Pas de SPEC = sinistre programmé
Carreler directement sur une plaque hydrofuge dans une douche, sans système d’étanchéité, c’est la cause n°1 des sinistres en salle de bain. L’eau traverse les joints, sature la plaque, décolle le carrelage et fait noircir le placo. La plaque verte ralentit le désastre ; seule l’étanchéité l’empêche.
Le pied de cloison : là où l’eau s’accumule
Le bas de la cloison est le point le plus exposé : c’est là que l’eau de lavage du sol et les ruissellements stagnent. Deux précautions qui changent tout.
D’abord, on surélève la plaque du sol (jeu d’environ 1 cm, comme partout, mais ici c’est vital). La plaque ne doit jamais tremper dans une flaque. Ensuite, on remonte l’étanchéité du sol sur le mur : c’est le relevé d’étanchéité. La membrane forme un U continu entre le sol et le bas de la paroi, sur quelques centimètres de hauteur, pour qu’aucune eau ne s’infiltre par le joint sol-mur.
La ventilation : le facteur qu’on oublie
Aucune plaque ne survit à une pièce qui ne sèche jamais. Une salle de bain produit énormément de vapeur ; si elle ne s’évacue pas, l’humidité se condense sur les parois, sature le plâtre et nourrit les moisissures — y compris derrière le carrelage et dans la laine de la cloison. Une VMC en état de marche, ou au minimum une aération efficace, fait partie de l’ouvrage au même titre que la plaque verte. Sans extraction, on traite la conséquence (moisissures) au lieu de la cause. Le sujet est développé dans humidité et moisissures sur placo.
Le bon choix de plaque
Toutes les plaques hydrofuges ne se valent pas, et selon l’exposition on peut monter en gamme (plaques à âme renforcée pour locaux très humides, voire plaques de ciment pour les douches à l’italienne exigeantes). Le détail des familles techniques est dans plaques techniques : hydro, feu, phonique. En cuisine domestique (classée EA/EB), la crédence et le pourtour de l’évier suffisent en hydrofuge ; pas besoin d’un SPEC complet comme en douche.
Ce que le devis d’un plaquiste doit préciser
- Le classement du local retenu (EB+ privatif pour une salle de bain de logement).
- Le type de plaque : hydrofuge H1 sur la pièce, et la nature exacte dans la douche.
- La présence d’un SPEC (système d’étanchéité sous carrelage) et les zones traitées.
- Le traitement du pied de cloison : jeu, relevé d’étanchéité.
- L’entraxe retenu (50 cm en humide, 40 si carrelage lourd) et la gestion de la VMC (qui fait quoi).
Un devis de salle de bain qui ne mentionne ni classement ni étanchéité sous carrelage passe à côté du seul point qui évite le sinistre. La plaque verte seule ne suffit pas, et le bon document le dit.
Récap express
- Plaque hydrofuge H1 (verte) sur toute la pièce humide — jamais de BA13 standard.
- Une salle de bain de logement est classée EB+ privatif (Cahier CSTB 3567).
- La plaque ne suffit pas : poser un SPEC (étanchéité sous carrelage) dans les zones de ruissellement.
- Soigner le pied de cloison : jeu au sol + relevé d’étanchéité en U.
- Resserrer l’entraxe à 50 cm (40 si carrelage lourd).
- Garantir la ventilation : sans VMC, aucune plaque ne tient — voir humidité et moisissures sur placo.
- Choisir la bonne plaque selon l’exposition : voir plaques techniques : hydro, feu, phonique.