Le guide complet : ossature 72/48, entraxe 60 cm, pose et vissage des plaques, gestion de la porte, conforme au NF DTU 25.41. Avec schémas et fiche chantier.
Monter une cloison en plaques de plâtre, pas à pas
Une cloison en placo, c’est ce qu’il y a de plus accessible en second œuvre : pas de gros matériel, pas de séchage de plusieurs jours, une chambre divisée en un week-end. Mais c’est aussi l’ouvrage où les défauts se voient le plus — une cloison qui ondule sous la lumière rasante, qui sonne creux quand on tape dessus, ou qui laisse passer la conversation d’à côté. La différence ne tient pas au talent. Elle tient à quelques cotes et à l’ordre des étapes.
Ce guide décrit le montage d’une cloison de distribution standard — la fameuse 72/48 — du traçage au sol jusqu’à la dernière plaque vissée. Que vous comptiez la monter vous-même ou juger le travail d’un plaquiste, vous saurez où se jouent la solidité et la planéité.
La cloison 72/48 : de quoi on parle
Le nombre n’a rien de mystérieux. 72, c’est l’épaisseur finie en millimètres. 48, c’est la largeur du montant métallique au cœur de la cloison. Entre les deux, une plaque de plâtre BA13 (12,5 mm) vissée sur chaque face.
12,5 + 48 + 12,5 = 73 mm. On arrondit à 72.
C’est le standard pour séparer deux pièces sèches d’un même logement. Pour faire mieux — plus haut, plus isolant, plus phonique — on change un paramètre : montant plus large (70, 90, 100 mm), double peau de plaques, entraxe resserré. Mais le geste, lui, reste le même.
Le matériel
- Rails (R48) : profilés en U, fixés au sol et au plafond.
- Montants (M48) : profilés verticaux qui s’emboîtent dans les rails.
- Plaques BA13 : une par face, format courant 1,20 × 2,50 m.
- Vis TTPC 25 mm (autoperceuses, tête trompette) pour visser les plaques sur l’acier.
- Laine minérale 45 mm à glisser dans la cloison.
- Bande résiliente sous les rails, bande à joint + enduit, cornières d’angle.
Côté outillage : niveau laser ou fil à plomb, cordeau, cisaille ou grignoteuse pour couper l’acier, cutter pour les plaques, visseuse à butée de profondeur, mètre.
Étape 1 — Tracer l’implantation
Tout part d’un trait au sol. On marque l’axe de la cloison au cordeau, puis on reporte ce trait au plafond au laser ou au fil à plomb : les deux rails doivent être rigoureusement l’un au-dessus de l’autre, sinon la cloison vrille.
Le report d’aplomb, c’est 80 % du résultat
Un fil à plomb suffit, mais un laser croix va cinq fois plus vite et ne ment pas. Si le sol et le plafond ne sont pas parfaitement superposés, c’est toute la cloison qui penche — et ça ne se rattrape pas aux joints.
Étape 2 — Fixer les rails
On colle la bande résiliente sous le rail. Elle désolidarise la cloison du gros œuvre : moins de bruit transmis par le sol et le plafond, et pas de fissure si le bâtiment travaille. On visse ensuite le rail bas, puis le rail haut, tous les 60 cm environ, dans un support sain (cheville adaptée selon dalle, bois ou plancher).
Étape 3 — Poser les montants
Les montants se glissent dans les rails, dos tournés dans le même sens (celui de pose des plaques). L’entraxe — la distance d’axe en axe — est de 60 cm. C’est la cote reine : trop large, la cloison sonne creux et flèche ; respectée, elle est rigide.
On descend à 40 cm pour les grandes hauteurs ou quand la cloison recevra du carrelage. Sur une cloison classique, on ne visse pas les montants dans les rails : ils doivent pouvoir coulisser légèrement pour absorber les mouvements du plancher.
L’entraxe ne pardonne pas
Poser les montants à 90 cm « pour économiser deux profilés » est la fausse bonne idée classique : la cloison flambe, ondule et sonne creux. 60 cm, point. Et la hauteur a une limite : en M48 à 60 cm d’entraxe, on plafonne autour de 2,50 m. Plus haut, il faut un montant plus large (70/90) ou une double peau.
Étape 4 — La première peau
On visse les plaques sur une face. La plaque se pose bord aminci contre bord aminci (c’est le creux qui permet de noyer la bande), et on décale les plaques pour qu’un joint tombe toujours sur un montant. Vis tous les 30 cm, à 1 cm du bord, juste assez enfoncées pour fraiser le carton sans le déchirer — c’est là que sert la butée de profondeur de la visseuse.
On laisse un jeu d’environ 1 cm en bas, plaque calée au décolle-plaque : elle ne doit jamais toucher le sol, à cause des remontées d’humidité.
Étape 5 — Passages et laine
Cloison ouverte d’un côté, c’est le moment de faire passer les gaines électriques par les perçages d’usine des montants, et de fixer les boîtiers d’encastrement. Puis on glisse la laine minérale entre les montants. Sauter la laine, c’est garder une caisse de résonance : on entend tout passer.
Étape 6 — La deuxième peau
On ferme la seconde face en décalant les joints par rapport à la première : les joints des deux faces ne se superposent jamais, sinon on crée une ligne de faiblesse sur toute la hauteur. Même vissage tous les 30 cm, même jeu de 1 cm en pied.
Le cas de la porte
Une huisserie dans une cloison placo demande un renfort. On double les montants de part et d’autre de l’ouverture (souvent remplis d’un tasseau de bois), et on pose un linteau en rail au-dessus de la porte. Sans ce renfort, la porte qui claque finit par fissurer le joint au-dessus de l’huisserie : c’est le défaut le plus fréquent sur une cloison amateur.
Ce que le devis d’un plaquiste doit préciser
- Le type de cloison (72/48, 98/48, 120/70…) et la hauteur à monter.
- L’entraxe des montants retenu (60 ou 40 cm).
- La présence et la nature de l’isolant (épaisseur, type de laine).
- Le niveau de finition livré (Q1 à Q4 — détaillé dans le chapitre Finitions).
- Les renforts prévus : portes, charges lourdes, meubles ou sanitaires suspendus.
Un devis qui annonce juste « cloison placo : 35 €/m² » sans hauteur ni finition laisse une grosse zone grise. À surface égale, le prix peut varier du simple au double selon ces lignes-là.
Récap express
- Tracer au sol, reporter au plafond (aplomb parfait).
- Bande résiliente, puis rails vissés tous les 60 cm.
- Montants à 60 cm d’entraxe (40 si grande hauteur ou carrelage).
- Première peau : vis tous les 30 cm, jeu de 1 cm en pied.
- Gaines, boîtiers, puis laine minérale.
- Deuxième peau, joints décalés par rapport à la première face.
- Renfort obligatoire autour de la porte.
L’ensemble est encadré par le NF DTU 25.41, la norme de référence des ouvrages en plaques de plâtre — c’est elle qui fait foi en cas de litige sur un chantier.