Calibres de disjoncteur par circuit selon la NF C 15-100 : 10 A éclairage, 16/20 A prises, 32 A plaque, et la règle calibre/section.
Disjoncteurs : calibres par circuit (10 à 32 A)
Un tableau électrique se lit comme une liste de calibres : 10, 16, 20, 32 ampères. Ce ne sont pas des numéros décoratifs — chaque calibre est accordé à la section du fil qu’il protège, et c’est cet accord qui empêche un câble de chauffer jusqu’à l’incendie. Le disjoncteur ne protège pas les personnes (c’est le rôle du différentiel 30 mA) : il protège les conducteurs contre la surcharge et le court-circuit. Choisir un calibre, c’est donc d’abord regarder la section du câble et la fonction du circuit, jamais l’inverse.
Ce guide détaille les calibres de la NF C 15-100 circuit par circuit, la règle d’association calibre/section qui ne se discute pas, et les caractéristiques (courbe C, pouvoir de coupure) à vérifier sur un devis ou une étiquette de tableau.
Règle d’or : le calibre du disjoncteur suit la section du fil, jamais le contraire. 10 A sur 1,5 mm² (éclairage), 16 ou 20 A sur 2,5 mm² (prises), 32 A sur 6 mm² (plaque). Un calibre trop fort sur un fil trop fin laisse le câble chauffer sans jamais déclencher : c’est la cause d’incendie électrique n°1.
Disjoncteur ou différentiel : deux protections distinctes
On confond souvent les deux organes du tableau parce qu’ils se ressemblent et claquent tous les deux. Leurs rôles n’ont pourtant rien à voir.
- Le disjoncteur divisionnaire surveille l’intensité d’un circuit. Au-delà de son calibre (surcharge prolongée) ou en cas de court-circuit (phase qui touche le neutre), il coupe ce circuit. Il protège les fils et le matériel contre l’échauffement et l’incendie.
- L’interrupteur différentiel 30 mA surveille les fuites de courant vers la terre. Dès qu’une partie du courant « s’échappe » (par un corps, un défaut d’isolement), il coupe en moins de 30 ms. Il protège les personnes contre l’électrocution.
| Critère | Disjoncteur | Différentiel 30 mA |
|---|---|---|
| Protège | Les fils, le matériel | Les personnes |
| Contre | Surcharge, court-circuit | Fuite de courant (électrocution) |
| Grandeur surveillée | Intensité (A) | Écart phase/neutre (mA) |
| Position au tableau | En aval, 1 par circuit | En tête, 1 pour 8 disjoncteurs max |
Les deux sont obligatoires et complémentaires : un circuit est toujours protégé par un disjoncteur calibré et placé sous un différentiel 30 mA. Le détail des types de différentiels (AC, A, F, Hi, B) est traité dans Différentiels 30 mA : types A, AC, F, Hi, B.
Calibres par circuit selon la NF C 15-100
Chaque usage a son calibre normalisé, lié à une section de câble minimale. Voici les valeurs de référence en habitat.
Éclairage — 10 A sur 1,5 mm²
Les circuits d’éclairage tirent peu de courant : un disjoncteur 10 A sur du 1,5 mm² suffit. La NF C 15-100 limite chaque circuit à 8 points lumineux maximum (un point = un luminaire, ou un groupe sur une même commande). Une maison se répartit donc sur plusieurs circuits d’éclairage, séparés des prises pour qu’une panne ne plonge pas la pièce dans le noir tout en coupant le courant.
Prises de courant — 16 A ou 20 A sur 2,5 mm²
Les prises 16 A se câblent en 2,5 mm² et se protègent au choix par :
- un disjoncteur 16 A, pour un circuit de 8 prises maximum ;
- un disjoncteur 20 A, qui autorise jusqu’à 12 prises sur le même 2,5 mm².
Le 20 A sur 2,5 mm² est admis par la norme parce que la section reste suffisante pour l’intensité ; il permet simplement plus de prises par circuit. À ne pas confondre avec les circuits dédiés 20 A décrits ci-dessous, qui n’alimentent qu’un seul appareil.
Circuits dédiés gros électroménager — 20 A sur 2,5 mm²
Certains appareils exigent leur propre circuit, protégé par un disjoncteur 20 A sur 2,5 mm², sans partager la ligne avec d’autres prises :
- four encastrable ;
- lave-linge ;
- lave-vaisselle ;
- sèche-linge et chauffe-eau (un circuit dédié chacun).
Un circuit dédié signifie « un appareil, une protection » : si le lave-vaisselle déclenche, il ne coupe ni le four ni le reste de la cuisine.
Plaque de cuisson — 32 A sur 6 mm²
La plaque de cuisson (induction ou vitrocéramique) est le circuit le plus gourmand de la maison. Elle impose un disjoncteur 32 A sur du 6 mm², en circuit dédié exclusif. C’est la section la plus forte des circuits terminaux courants d’une habitation — d’où l’importance de ne jamais la sous-dimensionner.
Tableau de synthèse des calibres
| Circuit | Section mini | Calibre disjoncteur | Limite NF C 15-100 |
|---|---|---|---|
| Éclairage | 1,5 mm² | 10 A | 8 points lumineux |
| Prises 16 A | 2,5 mm² | 16 A | 8 prises |
| Prises (variante) | 2,5 mm² | 20 A | 12 prises |
| Four (dédié) | 2,5 mm² | 20 A | 1 appareil |
| Lave-linge / lave-vaisselle (dédié) | 2,5 mm² | 20 A | 1 appareil chacun |
| Plaque de cuisson (dédié) | 6 mm² | 32 A | 1 appareil |
À noter : le chauffe-eau se câble généralement en 2,5 mm² / 20 A, le chauffage électrique se dimensionne selon la puissance des émetteurs (souvent 2,5 mm² / 20 A par circuit), et une borne de recharge 7,4 kW relève d’un 6 mm² / 40 A avec différentiel dédié — un cas particulier hors du périmètre des calibres domestiques courants.
L’association calibre / section : la règle qui ne se discute pas
C’est le point où se joue la sécurité incendie. Le disjoncteur est calibré pour couper avant que le fil ne chauffe dangereusement. Si le calibre est trop élevé pour la section, le fil peut atteindre une intensité destructrice sans jamais déclencher la protection : il chauffe en silence dans la cloison.
| Section cuivre | Calibre maximal admis |
|---|---|
| 1,5 mm² | 16 A (10 A en éclairage) |
| 2,5 mm² | 20 A |
| 6 mm² | 32 A |
| 10 mm² | 40 à 50 A |
La logique se mémorise comme une comptine : « 1,5 la lumière, 2,5 les prises, 6 la plaque ». Le calibre suit toujours le fil — jamais l’inverse. Un 20 A posé sur du 1,5 mm² parce qu’« il restait ce disjoncteur dans le tiroir » est exactement le scénario qui met le feu. Les sections en détail sont reprises dans Câbler son tableau, pas à pas.
Erreurs fréquentes sur les calibres de disjoncteur
- Calibre trop fort sur fil trop fin : un 20 A (ou pire, un 32 A) sur du 1,5 mm² laisse le câble chauffer sans déclencher — cause d’incendie n°1. Le calibre ne doit jamais dépasser ce que la section supporte.
- Plaque sur 16 A / 2,5 mm² : sous-dimensionner la plaque de cuisson provoque des déclenchements à chaque cuisson, voire un échauffement du câble. Plaque = 32 A sur 6 mm², point.
- Surdimensionner « pour être tranquille » : monter un 32 A sur des prises ne « renforce » rien — ça supprime la protection du 2,5 mm². Plus de calibre n’égale pas plus de sécurité.
- Confondre disjoncteur et différentiel : remplacer un différentiel claqué par un disjoncteur (ou l’inverse) laisse soit les personnes, soit les fils sans protection. Ce sont deux organes distincts.
- Trop de points sur un circuit : dépasser 8 prises (en 16 A) ou 8 points lumineux par circuit surcharge la ligne et n’est pas conforme. On ajoute un circuit, pas des points.
- Mauvaise courbe : une courbe B ou D sur un usage domestique standard provoque des déclenchements intempestifs ou une protection inadaptée. En habitat, c’est la courbe C.
Caractéristiques à vérifier : courbe et pouvoir de coupure
Au-delà du calibre (la valeur en ampères), deux caractéristiques figurent sur chaque disjoncteur et doivent être adaptées à l’habitat.
La courbe de déclenchement : C en domestique
La courbe définit la vitesse de coupure face à une surintensité brève (une pointe de démarrage). En habitat, c’est la courbe C : elle tolère les pointes courantes (moteur de lave-linge, allumage de luminaires) sans déclencher, tout en coupant vite sur un vrai court-circuit.
- Courbe B : déclenche tôt, réservée aux circuits sans pointe (longues lignes, certaines applications) — peu courante en logement.
- Courbe C : le standard domestique, le bon compromis pour prises, éclairage et électroménager.
- Courbe D : tolère de fortes pointes, pour moteurs et transformateurs — usage spécifique, hors habitat courant.
Le pouvoir de coupure : 4,5 à 6 kA en habitat
Le pouvoir de coupure (en kA) est l’intensité de court-circuit maximale que le disjoncteur peut interrompre sans se détruire. En logement raccordé au réseau public, on retient 4,5 kA à 6 kA, valeurs largement suffisantes pour le courant de court-circuit présumé d’une habitation. Un pouvoir de coupure trop faible expose à un disjoncteur qui « explose » au lieu de couper proprement ; les modèles habitat courants couvrent ce besoin.
Disjoncteur de branchement (AGCP) et disjoncteurs divisionnaires
Tous les disjoncteurs du tableau ne jouent pas le même rôle. Il faut distinguer deux niveaux.
- Le disjoncteur de branchement, ou AGCP (Appareil Général de Commande et de Protection), est posé par Enedis en tête d’installation, après le compteur Linky. Il coupe toute la maison, est plombé (interdiction d’y toucher), et son calibre est réglable (typiquement 15/45 A, 30/60 A ou 60/90 A en monophasé) selon la puissance souscrite. C’est aussi lui qu’on coupe pour travailler hors tension.
- Les disjoncteurs divisionnaires sont vos disjoncteurs, dans le tableau, en aval. Un par circuit, calibrés selon la section (10, 16, 20, 32 A), placés sous les différentiels 30 mA.
| Disjoncteur de branchement (AGCP) | Disjoncteur divisionnaire | |
|---|---|---|
| Posé par | Enedis (plombé) | L’électricien / vous |
| Portée | Toute l’installation | Un seul circuit |
| Calibre | Réglable (15/45 à 60/90 A) | Fixe (10, 16, 20, 32 A) |
| Rôle | Coupure générale + protection abonné | Protéger les fils du circuit |
Ce que le devis d’un électricien doit préciser
- Le calibre de chaque disjoncteur circuit par circuit (10, 16, 20, 32 A), pas seulement « disjoncteurs au tableau ».
- La section de câble associée à chaque calibre (1,5 / 2,5 / 6 mm²).
- Les circuits dédiés prévus (plaque, four, lave-linge, lave-vaisselle).
- La courbe (C en domestique) et le pouvoir de coupure (4,5-6 kA) des appareils.
- Le nombre de points par circuit (≤ 8 prises, ≤ 8 points lumineux).
Un devis qui annonce un forfait au mètre carré sans détailler les calibres et les circuits dédiés laisse une zone grise : c’est précisément le dimensionnement qui fait la différence entre une installation sûre et une installation qui chauffe.
Prochaines étapes
- Refaire son installation électrique : le dossier complet — du diagnostic au raccordement.
- Câbler son tableau, pas à pas — sections, peignes et raccordement du tableau.
- Différentiels 30 mA : types A, AC, F, Hi, B — l’autre protection du tableau, pour les personnes.
- NF C 15-100 : la norme installation électrique habitat — le référentiel complet des circuits et protections.
- Tableau électrique : modules, marques, dimensionnement — calculer ses rangées et intégrer ses disjoncteurs.